Trouver de la moisissure sur vos cultures fraîchement récoltées est une expérience qui peut être particulièrement décourageante, surtout après des mois de travail acharné et de soins attentifs. L’une des formes de moisissure les plus courantes sur les plantes est la pourriture des bourgeons, également connue sous le nom de Botrytis Cinerea.
Par certains aspects, le Botrytis est un ami, étant donné qu’il tient un rôle prépondérant dans l’écosystème en tant que décomposeur. Il transforme la matière organique en substances plus basiques que les plantes peuvent réutiliser. Il est omniprésent, cependant son apparition sur vos cultures n’est pas la bienvenue. Mais... ne vous laissez pas abattre et cette prolifération arrive même aux cultivateurs les plus expérimentés. Le mieux est donc de considérer cela comme une occasion d’apprendre et de parfaitement vous préparer pour votre prochain cycle de culture.
Le botrytis est souvent identifiable à sa couleur grisâtre, généralement présent au centre de vos bourgeons floraux. Si vous avez déjà rencontré le botrytis en ayant coupé un bourgeon pour le fumer, y remarquant un centre gris ou sombre et duveteux... C’est le moment d’être vigilant et d’inspecter le reste de l’ensemble de votre récolte !

Examinez attentivement vos fleurs et essayez de séparer autant que possible les bourgeons non affectés, en isolant les parties contaminées pour éviter toute propagation.
Par ailleurs, et c’est une évidence, évitez de fumer des bourgeons affectés par la moisissure, car l’inhalation des spores peut entraîner divers problèmes respiratoires, notamment de la toux, une respiration sifflante et, dans les cas les plus graves, des infections pulmonaires. Quant à la moisissure, elle diminue la qualité et la puissance de votre fleur, il vous est donc préférable d’opter très rapidement des méthodes d’assainissement, afin de sauver les parties non affectées !
Méthodes de remédiation
Ces méthodes sont des techniques spécialisées utilisées pour sauver des cultures touchées par de la moisissure, telle que le botrytis, en éliminant ou en neutralisant les spores, tout en conservant autant de composés bénéfiques que possible dans la plante. Ces méthodes variées vont des extractions sophistiquées à l’hydrocarbure ou à l’éthanol jusqu’à des approches plus simples, comme la cuisson et la fabrication de produits comestibles.
L’objectif est de transformer une récolte moisie en une forme sûre et utilisable, qu’il s’agisse d’une huile concentrée, d’une teinture ou d’un produit comestible. En utilisant la ou les méthodes de remédiation appropriées, vous pouvez sauver une partie importante de votre récolte durement gagnée, transformant ce qui aurait pu être une perte totale en un produit consommable.
Extraction par hydrocarbures
Cette extraction semble être l’un des moyens les plus efficaces pour remédier aux cultures infectées par la moisissure. Cependant, cette méthode n’est généralement envisageable que par des cultivateurs amateurs ayant accès à un laboratoire spécialisé. Certains États, dans lesquels la marijuana est légalisée à des fins médicales, peuvent disposer d’installations capables d’effectuer ce type d’extraction pour vous.
Le processus consiste à utiliser des hydrocarbures tels que le butane ou l’heptane pour extraire les huiles essentielles et les cannabinoïdes de la plante, laissant ainsi derrière eux la moisissure et les autres contaminants.
Ces méthodes d’extraction au butane, en circuit ouvert et en circuit fermé, utilisent toutes deux les hydrocarbures en solvant, permettant d’extraire les cannabinoïdes et d’autres composés du cannabis. Cependant, ces deux approches diffèrent considérablement en termes de sécurité, d’efficacité et de qualité de l’extrait. Voici pourquoi...
L’extraction en circuit ouvert est dangereuse
L’extraction à pression ouverte reste une méthode relativement simple, mais extrêmement risquée. Dans ce processus, le butane est forcé de passer à travers un tube en verre rempli de cannabis, et le mélange résultant de butane et d’huiles de cannabis est recueilli dans un récipient ouvert. Le système est nommé « ouvert », car il est exposé à l’air, tandis que le butane n’est ni récupéré ni recyclé. Cette méthode présente des risques importants pour la sécurité et elle est hautement illégale dans la plupart des pays !
1. Inflammabilité : comme le système est ouvert, les vapeurs de butane peuvent s’accumuler rapidement et former un mélange explosif dans l’air.
2. Contaminants : le risque que des contaminants environnementaux pénètrent dans l’extrait est du plus élevé.
3. Déchets : comme le butane n’est pas recyclé, cette méthode est peu respectueuse de l’environnement.
Extraction en circuit fermé
Comparée à la précédente, l’extraction en circuit fermé est une technique plus avancée et plus sûre. Dans celle-ci, l’ensemble du système est scellé et hermétique. Le solvant butane ou heptane circule dans ce système, passe à travers le cannabis, puis il est récupéré dans un réservoir prévu à cet effet, pour qu’il puisse être réutilisé, ce qui en fait un système « fermé ».
1. Sécurité : ce système fermé minimise le risque de fuite de butane, réduisant ainsi le risque d’explosion ou d’incendie.
2. Qualité : l’environnement fermé réduit le risque de propagations de contaminants, ce qui permet fréquemment d’obtenir un produit final plus pur.
3. Efficacité : cette méthode est plus efficace et plus respectueuse de l’environnement, car le butane est recyclé.
4. Conformité réglementaire : les systèmes en circuit fermé sont généralement conçus pour répondre aux normes de sécurité et de qualité, ce qui les rend plus conformes à la réglementation.
En raison de ses avantages en termes de sécurité, d’efficacité et de qualité, l’extraction en circuit fermé est la méthode privilégiée pour toutes les opérations commerciales et elle est de plus en plus exigée par la réglementation en vigueur dans de nombreuses juridictions.
Dans ce deux méthodes d’extraction, que ce soit au butane à circuit ouvert et à circuit fermé, une étape des plus importantes, après l’extraction initiale, consiste à purger ou à « dégazer » le butane résiduel du concentré de cannabis. Il s’agit d’un processus indispensable qui permet de garantir qu’aucun solvant résiduel ne persiste encore dans le produit final, car la consommation de traces de butane peut être nocive.
La méthode la plus courante, la plus efficace également, pour dégazer le butane des concentrés de cannabis consiste à utiliser un four à vide. Le concentré est étalé en fine couche sur une surface antiadhésive et il est placé à l’intérieur du four à vide. Le four est ensuite scellé et une pompe à vide est activée pour abaisser la pression interne. En même temps, le four applique au concentré une chaleur faible et contrôlée.

En ajustant soigneusement la température et le niveau de vide, il est possible d’éliminer pratiquement tout le butane résiduel qui se trouvait dans le concentré. En revanche, ce processus peut prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours, selon la densité du produit à dégazer et les conditions spécifiques utilisées. Le résultat est un concentré de cannabis de haute qualité, sans butane, plus sûr à consommer.
N’oubliez jamais que ces processus doivent être réalisés dans un environnement contrôlé et surtout professionnel, afin de garantir la sécurité et la qualité.
Extraction à l’éthanol, à domicile
Si l’extraction à l’hydrocarbure ne semble pas possible, vous pouvez toujours effectuer une extraction à l’éthanol à domicile pour tenter de récupérer votre récolte. L’éthanol extrait efficacement les cannabinoïdes et peut être évaporé pour ne laisser qu’une huile concentrée.
Les teintures, l’huile de Rick Simpson (RSO, Rick Simpson Oil) et les distillats sont tous des extraits de cannabis, mais tous diffèrent par leurs méthodes de préparation, leur puissance et leurs utilisations. Les teintures sont généralement des extraits à base d’alcool, mais moins concentrés et souvent utilisés pour le micro dosage à l’aide d’un compte-gouttes. Elles sont alors déposées sous la langue, ou dans des aliments et dans des boissons. Toutefois, ces extraits ont des concentrations plus élevées d’éthanol résiduel.
Pour obtenir un extrait plus concentré à l’aide d’éthanol, il est préférable de fabriquer de la RSO.
L’huile de Rick Simpson (RSO, Rick Simpson Oil) est un extrait à spectre complet obtenu par extraction à l’éthanol. Cette huile est généralement consommée ou appliquée par voie topique et elle est connue pour ses potentiels bienfaits thérapeutiques, notamment son utilisation dans certains traitements alternatifs contre le cancer. Au cours de ce processus, le cannabis est lavé à l’éthanol, puis filtré au travers d’une étamine et recueilli. L’éthanol est ensuite lentement évaporé sur une plaque chauffante ou en s’aidant d’un cuiseur à riz.

Les distillats, quant à eux, sont des formes hautement purifiées et concentrées d’extrait de cannabis. Ils sont produits par un processus de distillation, ce qui donne un produit exceptionnellement puissant, mais qui ne présente pas tous les avantages du spectre complet. En effet, de nombreux terpènes et autres composés sont souvent perdus durant le processus de distillation.
Vous trouverez ci-dessous une recette simple pour préparer du RSO ou de la teinture :
Ingrédients :
- Plantes affectées par la moisissure
- Éthanol de qualité alimentaire
- Cuiseur à riz
Étapes
1. Hachez finement votre matière végétale et placez-la dans un bocal en verre qui peut fermer hermétiquement.
2. Recouvrez la matière végétale d’éthanol froid (placez-le au congélateur pendant au moins 1 heure avant son utilisation).
3. Fermez hermétiquement le bocal et secouez-le vigoureusement pendant quelques minutes.
4. Placez-le au congélateur durant 45 minutes au minimum, jusqu’à plusieurs heures avant la cuisson.
5. Puis, filtrez votre mélange à l’aide d’une étamine, en vous plaçant au-dessus d’un autre bocal en verre, en pressant autant que possible pour extraire le liquide.
6. Pour préparer du RSO. Utilisez un cuiseur à riz ou un appareil similaire pour évaporer l’éthanol de l’extrait. Remplissez le cuiseur d’eau, en veillant à ce que le niveau d’eau corresponde au niveau de l’extrait dans le bocal. Continuez à chauffer jusqu’à obtenir une huile épaisse et foncée.
7. Pour préparer une teinture. Sautez l’étape d’évaporation et conservez le liquide dans un flacon compte-gouttes pour faciliter son utilisation.
Avertissement ! Soyez extrêmement prudent lorsque vous chauffez de l’éthanol, qui est hautement inflammable. Idéalement, le processus de chauffage doit être effectué en extérieur pour vous assurer une sécurité maximale.
Si cela ne vous est pas possible, vous devez effectuer cette opération à côté d’une fenêtre ou d’une porte coulissante ouvrant vers l’extérieur. Une ventilation adéquate et suffisante est indispensable pour effectuer ce processus. Assurez-vous que votre circulation d’air est suffisante et utilisez un ventilateur pour diriger les vapeurs loin de votre cuiseur à riz et en direction de la fenêtre ou de la porte ouverte, afin qu’elles se dispersent en toute sécurité dans le plein air frais.
Si la fabrication d’extraits de cannabis, tels que des teintures, du RSO ou des distillats, vous semble trop complexe ou trop laborieuse, ne vous inquiétez pas, il existe d’autres options, plus simples encore. Les infusions en sont une, permettant de remédier à la moisissure ou à la mauvaise qualité du cannabis.
Remédiation utilisant des infusions et des produits comestibles
La fabrication de produits comestibles par infusion est aussi simple que de décarboxyler votre cannabis, puis de le faire mijoter dans de la matière grasse de votre choix, comme du beurre ou de l’huile. Une fois que le cannabis a été infusé dans votre matière grasse, vous pouvez facilement l’utiliser comme ajout dans pratiquement toutes les recettes qui nécessitent du beurre ou de l’huile. C’est un moyen moins technique et plus accessible de profiter des bienfaits de votre récolte.

D’autre part…
Le botrytis est généralement considéré comme sans risque à consommer et il est fréquemment présent dans de nombreux types d’aliments, même si nous n’en sommes pas conscients. La cuisson neutralise efficacement la moisissure, rendant l’aliment concerné propre à la consommation.
Le saviez-vous ?
Il est intéressant de noter ici que certains viticulteurs pulvérisent intentionnellement leurs raisins avec du botrytis afin de favoriser l’apparition d’une pourriture noble, qui déshydrate les raisins et concentre les sucres, ce qui donne en produit final, un vin particulièrement sucré, de type Sauternes , ou Trockenbeerenauslese.
Qu’est-ce que la décarboxylation ?
La décarboxylation concerne spécifiquement la préparation du cannabis destiné aux produits comestibles et aux infusions. Le processus consiste à chauffer le cannabis à une température spécifique pendant un certain temps, traditionnellement entre 105 et 118 °C (220 et 245 °F) durant 30 à 45 minutes. Cette combinaison chaleur et durée active les cannabinoïdes, les transformant de leurs formes acides (comme le THCA et le CBDA) en leurs formes plus puissantes et biodisponibles (THC et CBD).
Si vous ignorez cette action de décarboxylation, les cannabinoïdes présents dans votre cannabis resteront inactifs et non psychoactifs, ce qui signifie que vous ne profiterez pas, lors de la consommation, de tous les effets escomptés. Seule cette décarboxylation vous permet de tirer le meilleur parti de votre cannabis, pour des produits comestibles ou des infusions, plus efficaces et plus puissants.
Conclusion
Trouver de la moisissure sur vos cultures n’est pas la fin du monde ! Bien que cela puisse être une déception, il existe des moyens d’y remédier et de continuer à tirer parti de votre travail acharné. Que vous optiez pour l’extraction à l’éthanol ou la fabrication de produits comestibles, l’essentiel est de ne pas vous laisser décourager par cette situation, mais plutôt de la considérer comme une occasion d’apprendre à améliorer, à l’avenir, vos pratiques de culture. Si vos plants ont été touchés par la moisissure, envisagez d’acheter des variétés résistantes au botrytis comme ces variétés de cannabis chez Seedsman .

