Bien que ce ne soit pas la méthode privilégiée, il peut vous être parfois nécessaire de sécher rapidement votre récolte. Pour les cultivateurs qui ont besoin d’un délai d’exécution plus court, que ce soit en raison de contraintes d’espace, de calendrier, de conditions climatiques ou de problèmes de moisissure, cela peut constituer la meilleure option à retenir. Cependant, un séchage rapide peut compromettre, en termes de saveur, d’arôme, de puissance et de douceur, la production. Cet article examine comment sécher rapidement le cannabis, les processus scientifiques impliqués, les risques et les avantages des méthodes plus rapides de séchage, ainsi que la manière d’optimiser le vieillissement de manière à préserver la qualité.
Les bases du séchage du cannabis
Le séchage du cannabis consiste à éliminer l’humidité contenue dans les têtes récoltées, ce qui est primordial pour la préservation des cannabinoïdes, tels le THC et le CBD, ainsi que des terpènes responsables des effets, de l’arôme et de la saveur de la plante. Les méthodes traditionnelles de séchage consistent généralement à suspendre les têtes parées dans une pièce sombre et bien ventilée durant 7 à 14 jours, à une température d’environ 15 à 21 °C et avec une humidité relative de 50 à 60 %. Ce processus permet de bénéficier d’un produit fini, onctueux, qui préserve les saveurs uniques produites par les terpènes et d’autres métabolites secondaires.

Pourquoi sécher rapidement ?
Voici quelques raisons pour lesquelles les cultivateurs peuvent avoir besoin de sécher le cannabis plus rapidement…
L’espace est limité : une seule pièce de séchage limite la quantité qui peut être récoltée et séchée en une seule fois. Accélérer le processus peut donc permettre des récoltes supplémentaires.
Les contraintes de temps : les cultivateurs qui travaillent avec des calendriers de récolte échelonnés ou bien qui doivent faire face à des récoltes peu prévisibles, par exemple en raison de problèmes de moisissure ou de ravageurs, peuvent avoir besoin de sécher plus rapidement le cannabis.
Les défis climatiques : des niveaux d’humidité trop élevés peuvent rendre le séchage traditionnel bien plus difficile, c’est pourquoi certains choisissent d’accélérer le séchage de manière à éviter la moisissure.
Les problèmes de moisissure : si de la moisissure, telle que la pourriture des bourgeons, a été détectée dans l’une des cultures, il y a un risque important que la moisissure se propage dans les environnements traditionnels de séchage.

Malgré ces raisons hautement valables, il faut néanmoins savoir que le séchage rapide peut compromettre plusieurs aspects de la qualité du cannabis.
Risques liés au séchage rapide du cannabis
Les risques directement associés à un séchage rapide de cannabis sont énumérés ci-dessous.
La perte de saveur et d’arôme : les terpènes sont les composés aromatiques qui confèrent au cannabis son odeur et son goût caractéristiques. Ceux-ci sont fragiles et peuvent s’évaporer rapidement, notamment lorsqu’ils sont exposés à des températures élevées, ce qui arrive fréquemment lors d’un séchage rapide.
La diminution de la douceur : un séchage rapide peut réduire la conversion de la chlorophylle et d’autres composés végétaux qui contribuent à l’âpreté, rendant le produit final moins agréable à fumer.
La mauvaise structure des têtes : les têtes qui sèchent trop rapidement peuvent devenir cassantes et vont jusqu’à perdre leur structure, ce qui fait qu’elles peuvent… s’effriter !
Pour savoir quels sont les mécanismes scientifiques à l’origine de ces effets, nous les avons analysés pour vous et les voici…
La décomposition et la conversion de la chlorophylle
La chlorophylle est le pigment vert des plantes. Elle joue un rôle prépondérant dans la photosynthèse. Bien qu’essentielle à la croissance, sa présence dans le cannabis séché entraîne un goût et un arôme tous deux âpres et herbacés. Un séchage et un affinage appropriés décomposent la chlorophylle, ce qui contribue à adoucir la fumée et à rehausser la saveur.
La chlorophylle se dégrade par de l’activité enzymatique, qui se poursuit bien après la récolte. Cette dégradation est plus lente, à basse température, avec un taux d’humidité modéré. C’est la raison pour laquelle le séchage traditionnel s’effectue à environ 15-21 °C (60-70 °F) avec un taux d’humidité de 50 à 65 %. Lorsque le séchage est accéléré ou précipité, la chlorophylle peut ne pas se dégrader complètement, ce qui donne un goût plus âcre.
La préservation de l’arôme et de la saveur
Les terpènes, l’un des principaux métabolites secondaires responsables de la saveur, sont sensibles à la chaleur et à la lumière, certains s’évaporant à des températures aussi basses que 20 °C (68 °F). Un séchage rapide, en particulier à des températures élevées, peut donc entraîner l’évaporation des terpènes, ce qui, inversement, réduit l’arôme et la saveur du produit final. Les terpènes les plus courants, comme le myrcène et le pinène, sont particulièrement vulnérables à la chaleur et peuvent facilement être perdus en cas de séchage inapproprié.

Les méthodes de séchage rapide du cannabis
Pour celles et ceux qui ont besoin de sécher rapidement leur cannabis, les méthodes consistent généralement à augmenter la température et à réduire l’humidité, afin d’accélérer la perte d’eau. En augmentant la température de l’environnement de séchage à environ 21-27 °C (70-80 °F) et en abaissant et maintenant l’humidité entre 30 et 40 %, vous pouvez accélérer ce processus de séchage. Placer un ventilateur dans votre pièce de séchage, ou bien directement près de vos têtes, aide à faire circuler l’air, ce qui accélère encore le séchage en évacuant l’humidité. Veillez toutefois à positionner le ventilateur de manière à ce qu’il ne souffle pas directement sur les têtes, ce qui pourrait entraîner un séchage inégal et les rendre irrémédiablement cassantes.

Une autre option consiste à faire sécher en utilisant un sac en papier. Le séchage du cannabis, de cette manière, est une méthode simple et efficace pour accélérer le processus en favorisant une perte d’humidité progressive. En effet, le papier du sac absorbe l’excès d’humidité des têtes, tout en permettant à l’air de circuler, créant ainsi un environnement contrôlé qui sèche le cannabis plus rapidement que les méthodes traditionnelles de suspension.
Pour utiliser cette méthode, placez les têtes parées sans les tasser dans un sac en papier brun et conservez-les dans un endroit sombre et bien ventilé. En fonction de l’humidité ambiante, cette approche peut réduire votre temps de séchage à environ trois à cinq jours seulement. Bien que cette méthode accélère le processus, elle permet tout de même de préserver certains des délicats terpènes et cannabinoïdes, comparaison avec les méthodes à haute température, même s’il existe toujours un risque de séchage inégal, notamment si les têtes sont trop serrées.
Le vieillissement pour préserver une saveur et une puissance optimales
Même avec un processus de séchage plus rapide, un affinage adéquat peut améliorer la qualité de votre produit final. L’affinage est le processus de vieillissement des têtes, qui sont séchées dans un environnement contrôlé, permettant à l’humidité résiduelle et à la chlorophylle de se décomposer complètement.
Le processus d’affinage du cannabis, qui est l’étape qui suit le séchage, est des plus importantes. C’est au cours de celle-ci que plusieurs processus biochimiques se produisent. Ces derniers améliorent la qualité globale des têtes, en rehaussant leur saveur, leur puissance et leur douceur. D’un point de vue scientifique, le séchage permet la dégradation lente des sucres, de la chlorophylle et d’autres composés indésirables, tout en préservant et en stabilisant les composés souhaitables, tels que les cannabinoïdes et les terpènes. Voyons ce qui se passe scientifiquement durant ce processus de séchage…
La dégradation de la chlorophylle et d’autres pigments
Pendant le séchage, la chlorophylle et d’autres pigments continuent de se dégrader, réduisant ainsi le goût « herbacé » ou « vert » typique du cannabis fraîchement récolté. La chlorophylle, le pigment vert impliqué dans la photosynthèse, bien qu’elle soit vitale pendant la croissance de la plante, contribue à un goût âcre, lorsqu’elle n’est pas entièrement décomposée, ce qui peut se produire lors d’un séchage rapide.
La décomposition chimique : la chlorophylle est composée d’ions magnésium et d’autres molécules complexes. Pendant le séchage, les enzymes présentes dans la plante décomposent lentement ces molécules de chlorophylle en composés plus simples et non volatils. Cette décomposition réduit l’âcreté associée à la chlorophylle.
La durée et les conditions : pour que la chlorophylle se dégrade correctement, le cannabis doit être conservé dans un environnement à humidité contrôlée (idéalement entre 55 et 65 %) et à basse température (entre 15 et 21 °C). Ce lent processus de dégradation améliore considérablement le profil aromatique, en permettant au cannabis de perdre son goût végétal, sans se déshydrater trop rapidement.

La dégradation des sucres et de l’amidon
les glucides, tels que les sucres et les amidons, sont présents dans toute matière végétale, y compris les têtes de cannabis. S’ils ne sont pas décomposés, ces éléments peuvent rendre la fumée âcre et entraîner une combustion inégale du cannabis. Le processus de séchage facilite donc la décomposition de ces sucres et de ces amidons.
La respiration anaérobie : après la récolte, les cellules végétales restent vivantes pendant un certain temps, même après le séchage. En l’absence de lumière et dans des conditions contrôlées, ces cellules continuent à métaboliser les sucres stockés par le biais de la respiration anaérobie. À mesure que ces sucres se décomposent, ils sont transformés en éléments plus simples qui ne contribuent pas à rendre la fumée âcre.
Les actions microbiennes : bien que l’environnement de séchage soit peu humide, il y a encore suffisamment d’humidité pour permettre une activité microbienne bénéfique. Ces micro-organismes, principalement des bactéries aérobies, aident à dégrader les sucres et les amidons en sous-produits plus simples, réduisant ainsi davantage l’âcreté de la fumée.
La préservation et le développement des terpènes
Les terpènes sont les composés aromatiques responsables des uniques saveurs et parfums du cannabis. Comme nous l’avons vu précédemment, ils sont très volatils et peuvent se dégrader ou s’évaporer rapidement s’ils ne sont pas manipulés avec soin et quelques précautions. Durant le séchage, ces terpènes sont mieux préservés et se développent davantage, rehaussant ainsi la saveur et l’arôme du produit final.
La rétention des terpènes : lors d’un processus de séchage adéquat, le séchage lent des têtes dans un environnement contrôlé empêche l’évaporation rapide des terpènes volatils. Des températures et une humidité plus basses aident à retenir ces composés, garantissant ainsi au produit final un profil aromatique complet.
L’oxydation et la polymérisation : certains terpènes subissent de légères réactions d’oxydation ou de polymérisation durant le séchage. Cela conduit à des profils aromatiques et gustatifs plus complexes, car les terpènes interagissent avec l’oxygène et d’autres composés. Par exemple, les monoterpènes comme le myrcène peuvent s’oxyder en sesquiterpènes, aux saveurs plus complexes et plus recherchées.

La redistribution de l’humidité
Alors que le processus de séchage élimine la majeure partie de l’eau des couches externes des bourgeons, l’humidité reste à l’intérieur des parties les plus denses de la fleur. Durant le séchage, cette humidité interne est lentement redistribuée dans l’ensemble des bourgeons.
L’évaporation de l’humidité interne : dans un récipient hermétique, l’humidité interne du bourgeon remonte lentement vers la surface. Cette redistribution permet à la matière végétale de sécher plus uniformément, au fil du temps, sans devenir trop cassante à l’extérieur. Cette évaporation lente garantit que le cannabis ne sèche pas excessivement et ne se dégrade pas.
Le processus de « burping » : durant le séchage, les cultivateurs « burpent » souvent leurs récipients, en les ouvrant brièvement, de manière à libérer l’excès d’humidité et à prévenir la moisissure. Cet échange contrôlé de l’humidité est des plus importants pour maintenir des taux adéquats à trouver dans le récipient de « curing », à environ 55 à 65 %. Si l’humidité est trop importante, de la moisissure peut, là aussi, se développer, tandis qu’un taux d’humidité trop faible va provoquer un séchage prématuré des têtes.
La prévention de la moisissure et de la décomposition
Le curing du cannabis dans un récipient hermétique avec des « burping » occasionnels peut aider à équilibrer les niveaux d’humidité, empêchant ainsi la formation de moisissure. La libération progressive de l’humidité garantit également que la matière végétale ne se décompose pas en formes indésirables, telles que sa moisissure ou sa décomposition.
L’environnement contrôlé : vous pouvez prévenir la formation de moisissures en gérant soigneusement la température et l’humidité pendant le séchage. Le séchage dans un récipient hermétique présente l’avantage de protéger les têtes des contaminants environnementaux, tandis que l’aération périodique aide à libérer l’excès d’humidité et à prévenir les conditions anaérobies propices à la moisissure.
La prévention du stress oxydatif : dans un cannabis correctement séché, la dégradation oxydative des cannabinoïdes et des terpènes se trouve minimisée. L’exposition à la lumière, à l’air et à la chaleur peut entraîner la dégradation du THC en CBN et la décomposition des terpènes, ce que le séchage aide à prévenir en conservant les têtes dans un espace frais, sombre et hermétique.
Le processus traditionnel de curing
Stockage : placez les têtes séchées dans un récipient que vous pouvez refermer, tel qu’un bocal en verre hermétique, en le remplissant environ aux trois-quarts. Vous pouvez également placer les têtes dans un sac de stockage, pour y faire mûrir de plus grandes quantités.
Aération : ouvrez les récipients quotidiennement, pendant la première semaine, pour y laisser entrer de l’air frais et en évacuer l’excès d’humidité.
Contrôle de l’humidité : utilisez un hygromètre afin de surveiller l’humidité relative dans les bocaux, avec précision, en la maintenant entre 58 et 62 %. Des sachets déshydratants peuvent aider à maintenir ce niveau.
Durée de la maturation : poursuivez la maturation pendant deux à quatre semaines, mais des maturations plus longues, allant de six à huit semaines, peuvent donner un cannabis plus doux et plus savoureux.

Avantages d’une maturation adéquate, après un séchage rapide
Même si le processus de séchage a été rapide, une maturation adéquate peut améliorer le produit final sur divers points, notamment…
Décomposition de la chlorophylle : une durée de maturation prolongée permet à la chlorophylle résiduelle de se décomposer, réduisant ainsi l’âpreté.
Développement de la saveur et de l’arôme : le séchage préserve les terpènes et permet à certaines saveurs de s’intensifier, à mesure que le cannabis vieillit.
Amélioration de la douceur : le séchage réduit l’âpreté et améliore la douceur de la fumée, en permettant à l’humidité de se répartir uniformément dans les têtes.
Quand faut-il sécher rapidement le cannabis ?
Les méthodes de séchage rapide ne sont généralement pas recommandées pour un cannabis de haute qualité, mais elles peuvent se révéler nécessaires, voire impératives, lorsque…
- Vous êtes confronté à une humidité élevée ou à des risques de moisissure.
- Les contraintes d’espace et de temps empêchent un processus de séchage plus lent.
- Vous travaillez avec de petites quantités destinées à un usage personnel, pour lesquelles des compromis sur la qualité sont acceptables… Surtout si vous êtes à court et que vous avez rapidement besoin de cannabis.
En règle générale, un séchage lent et un affinage soigné donneront toujours la meilleure saveur, la meilleure puissance et la meilleure douceur à votre cannabis. Cependant, pour de petits lots ou dans des circonstances spécifiques, un séchage plus rapide peut tout de même fournir un produit correct, à condition que l’opération soit effectuée avec soin.
Conclusion
Le séchage rapide du cannabis présente des avantages, mais comporte également des risques et des inconvénients, notamment en termes de perte de terpènes, d’âpreté et de qualité globale.
Si vous séchez rapidement votre herbe, poursuivez avec un processus de maturation approprié afin de préserver autant que possible la saveur, la puissance et la douceur. Évaluez toujours le pour et le contre avant d’opter pour une méthode de séchage rapide et n’oubliez pas que la patience donne souvent, dans la culture du cannabis, les meilleurs résultats.

