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Le chanvre en Ecosse : (re)naissance d’une industrie

Alors que les dernières décennies ont été marquées par l’absence de production de chanvre en Ecosse, un récent renouveau a vu les agriculteurs adopter cette culture dans tout le pays. La production locale a consisté en une production régulière d’orge, de colza, de blé et de pommes de terre. Mais de nombreux agriculteurs ont cherché à se diversifier et à ajouter une nouvelle culture dans la rotation. C’est là qu’intervient le chanvre.

Après un premier essai à Angus et Aberdeenshire en 2020, le nord-est de l’Écosse a vu naitre plus de 10 fermes dédiées au chanvre en 2021. Avec le mot qui se répand dans la communauté agricole et les reportages télévisés diffusant des images de champs de chanvre dans les Highlands, 2022 devrait voir environ 25 agriculteurs se lancer dans cette aventure. Bien que ce ne soit pas exactement le premier endroit qui vienne à l’esprit pour cultiver du cannabis, avec sa réputation de ciel couvert, d’humidité élevée et de fortes pluies, l’Écosse a une relation étonnamment riche et diversifiée avec cette plante.

L’histoire du chanvre en Écosse

La culture du chanvre à grande échelle avérée en Ecosse, en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande remonte à 343 av. J.-C. Pourtant, des traces trouvées à St Andrews parmi des objets métalliques de l’âge du bronze suggèrent que le chanvre était utilisé en Ecosse bien plus tôt.

En effet, des fibres libériennes – assimilables au chanvre – récupérées de ficelle et de tissu remontent à au moins 1000 avant J.-C. L’analyse du pollen, les sources documentaires fragmentées et les noms de champs des 11è et 12è siècles montrent que la culture du chanvre était largement répandue de Caithness aux Lothians, et des Hébrides Extérieures à Galloway.

Des noms de lieux existent encore, qui nous rappellent l’histoire de la plante en Ecosse. Il y a “Hemphill” dans le Ayrshire, “Hempland” dans le Dumfries and Galloway, “Hempriggs” dans le Caithness, et “Hempy Shot” dans le East Lothian.

Des traces depuis l’âge du bronze

Dans les années 1770, George Ross, un avocat et ancien commis de Duncan Forbes de Culloden, s’est associé au marchand local William Forsyth pour construire une grande usine de chanvre à Cromarty, au nord-est de l’Ecosse. Employant 200 travailleurs et 600 ouvriers supplémentaires à son apogée, l’usine transformait le chanvre en sacs qui étaient transportés à Londres, puis expédiés dans les Antilles.

L’ancienne usine de chanvre et de cordes de Cromarty a été construite par George Ross, vers 1775. L’usine produisait initialement des sacs à partir de chanvre importé de Russie. À cette époque, Cromarty connaissait une période de grande prospérité et à son apogée, l’usine employait jusqu’à 200 employés et plus de 600 ouvriers. Les sacs étaient transportés à Londres et vendus pour être utilisés dans le commerce vers les Antilles. Vers 1805, l’usine a commencé à fabriquer des cordes. L’usine originale consistait en cinq longs blocs, chacun de deux étages, idéaux pour la fabrication de longs cordages goudronnés. Aujourd’hui, les trois blocs restants ont été convertis en logements des autorités locales et en locaux commerciaux. Source.

Beaucoup sont surpris d’apprendre que des produits fabriqués à partir de cannabis produit en Ecosse étaient utilisés en Jamaïque bien avant que la plante de cannabis n’y soit largement cultivée !

Les musées du pays, de Cromarty aux galeries McManus de Dundee en passant par le Musée national d’Ecosse à Edimbourg, exposent tous des “sceaux de plomb” attachés à des balles de chanvre importées, datant de 1788 à 1908. Les lettres et les chiffres en cyrillique sur les sceaux documentent leur origine russe.

Le chanvre était principalement cultivé pour les fibres servant à fabriquer des voiles, des cordes, des filets de pêche et des vêtements, et ce n’est qu’au milieu du 19e siècle que les propriétés thérapeutiques de la plante ont attiré l’attention. La publication des expériences d’O’Shaughnessy dans les hôpitaux de Calcutta en 1839 a marqué le début d’une ère de recherche sur la thérapeutique à base de cannabis en Écosse.

Début de la recherche médicale

En 1846, la société de recherche pharmaceutique écossaise The Messrs Smith of Edinburgh a tenté de concentrer le cannabis jusqu’à son “composé actif”, auquel elle a donné le nom de “Cannabin”.

Après un processus quelque peu complexe, le résultat final était un extrait de 7 à 8 %. Dans une lettre datée du 17 août 1849 envoyée au Dr Christison à Edimbourg, M. Jameson, directeur des jardins botaniques de Saharunpore, donne un compte-rendu de la culture du chanvre en Inde : “A Kimaon et Gurwhal, le cannabis est cultivé en grandes quantités, en partie pour obtenir sa sécrétion résinoïde, et en partie pour son écorce, à partir de laquelle un tissu grossier et solide, appelé “bungila”, est fabriqué”.

M. Jameson a également envoyé divers lots de “churrus” (sic) à Edimbourg pour expérimentation, y compris un bloc venu de Yarkand au Thibet (sic) aussi grand que deux poings.

Expérience ‘Indica’ vs ‘Sativa’ dans les jardins botaniques d’Edimbourg

En 1850, le Dr Christison, M.D., président du Collège royal des médecins et professeur de Materia Medica à l’Université d’Edimbourg a reçu un prix de l’Université d’Edimbourg pour sa dissertation inaugurale de 1850, “Sur l’histoire naturelle, l’action et les utilisations du chanvre indien” dans laquelle il documente l’une des toutes premières “expériences pour comparer le chanvre européen avec le chanvre indien”.

Le Dr Royle remarque que, “comme le Dr Roxburgh et d’autres, il ne pouvait détecter aucune différence entre la plante de la plaine et celle des collines de l’Inde, ni entre celles-ci et la plante européenne. L’Indienne sécrète une proportion de résine beaucoup plus importante que celle observable chez la plante européenne, mais la différence est observée sur ce point même en Inde entre les plantes qui poussent dans les plaines et celles des montagnes, et aussi lorsqu’elles poussent densément ensemble.”

Les graines obtenues à partir de sommités séchées de ‘Gunjah’ (sic) dans les bazars de Bombay par M. Henry Johnston furent semées dans le jardin botanique d’Édimbourg le 17 mars 1849. En octobre, les plantes mesuraient 3 m de haut et “la floraison semblait commencer, mais l’avance de la saison, accompagnée d’un temps froid, a empêché tout développement ultérieur… les plantes de chanvre commun ou européen poussant dans le jardin avaient un aspect très similaire à ce dernier, mais étaient en plein fruit”.

L’étude a conclu que “le C. Indica et le C. Sativa sont une seule espèce”.

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Vous pouvez lire l’intégralité de la dissertation écrite à la main ici !

Renaissance au 21e siècle

Au cours des dix dernières années, le gouvernement écossais a financé la recherche sur le chanvre en tant que culture écologique à faible émission de carbone, par l’intermédiaire du Rowett Institute de l’université d’Aberdeen.

Un essai clinique mené par le Dr Madalina Neacsu et le professeur Wendy Russell a comparé un repas à base de chanvre à un autre à base de viande et a conclu que le chanvre “pourrait être utile pour aider et prévenir des maladies chroniques telles que le diabète de type 2”, en plus de favoriser la satiété et d’être une source précieuse d’acides aminés.

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Dans un changement d’approche rafraîchissant, un livret intitulé “Le chanvre pour le futur” a été créé par le Dr Neacsu et le professeur Russell spécifiquement pour les écoles afin d’éduquer les enfants sur les avantages de cette culture neutre en carbone, résiliente au changement climatique et sans déchets.

Un “kit de cuisson de crêpes au chanvre” a également reçu des fonds pour être distribué aux écoles d’Écosse, avec un dossier d’information et un livre de recettes. Des produits artisanaux durables à base de chanvre sont apparus dans des défilés de mode du monde entier, grâce à des entreprises comme Hemp Eyewear, basée à Édimbourg, qui ont sensibilisé le public au fait que le chanvre peut remplacer le plastique.

Perceptions des agriculteurs écossais

En discutant récemment avec des fermiers et les premiers adeptes de la culture du chanvre en Ecosse, un thème commun est apparu concernant leur réticence initiale à se lancer dans la culture du chanvre, bien qu’ils aient été conscients de ses avantages depuis un certain temps.

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C’est chez moi !

Comme l’a dit un agriculteur de Forfar, “Je pensais à cultiver du chanvre depuis quelques années. J’avais entendu dire que cela pouvait être bénéfique pour le sol et l’environnement et qu’il y a beaucoup de produits utiles que l’on peut faire avec. Mais j’ai toujours hésité parce que, vous savez, qu’est-ce que les voisins allaient penser ? 

Bien que les champs de chanvre écossais doivent toujours être tenus hors de vue des routes principales et ne sont pas autorisés à proximité des sentiers publics, maintenant les voisins sont tous au courant. Parfois, il vaut mieux demander, et vous découvrirez peut-être que votre voisin vous comprend mieux que vous ne le pensiez.”

Références:

https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00369229018736795?journalCode=rsgj19

https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1300/J237v11n02_04?journalCode=wjih20

https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1179/env.1999.4.1.93

https://portal.historicenvironment.scot/designation/GDL00120

https://www.tafac.org.uk/wp-content/uploads/2021/09/16-Vol-6-p211-227.pdf

https://www.ambaile.org.uk/asset/22353/1/EN22353-old-hemp-rope-factorycromarty.
htm/

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5891256/pdf/monjmedsci89781-0030.pdf

https://pdfs.semanticscholar.org/b1bd/112f608c404e96e34ba3dee31a10311fcc1f.pdf

https://www.abdn.ac.uk/rowett/policy-industry/hemp.php

https://aura.abdn.ac.uk/bitstream/handle/2164/18247/
Neascu_etal_Hemp_And_Buckwheat_VoR.pdf;jsessionid=F77B425E462562B391AB0073
E7A46D3C?sequence=1

https://www.abdn.ac.uk/rowett/documents/
M%20Neacsu%20Schools%20booklet%20WEB%20Oct%2021.pdf

https://www.abdn.ac.uk/rowett/documents/Hemp%20pancake%20recipe%20Dec21.pdf

https://hempeyewear.com/pages/our-story

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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