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La France va-t-elle légaliser le cannabis ?

Cassons le suspens directement : la réponse est très clairement non.

Mais une petite analyse de la situation n’est pas pour autant sans intérêt. Elle permettra de comprendre pourquoi la France est l’un des seuls pays au monde à poursuivre une politique prohibitionniste stricte alors que le reste de la planète évolue lentement vers une légalisation.

Dans quelques mois, en avril 2022, les Français seront appelés aux urnes pour élire celui qui présidera la France durant les 5 prochaines années. La campagne électorale bat son plein pour le moment. Alors même que l’épidémie de COVID est hors de contrôle, que la société française est plus divisée que jamais, que la crise sociale de fait de plus en plus profonde et que l’économie française souffre, la campagne électorale se joue surtout sur le thème de la sécurité et de l’identité. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les candidats de droite et d’extrême-droite soient crédités du plus d’intention de vote. Or, ils sont tous opposés à la légalisation du cannabis.

Repassons rapidement les opinions des principaux candidats à l’élection, classés selon leurs intentions de vote.

Macron

À droite d’abord, l’actuel président Emmanuel Macron (24% des intentions de vote) ne s’est que très rarement prononcé sur la question du cannabis. En revanche, son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a plus d’une fois souligné son hostilité profonde à « cette merde » comme il le dit lui-même.

La politique de la France ces dernières années a donc consisté à lutter contre le cannabis. Gérald Darmanin a ainsi imposé une amende forfaitaire de 135€ à tous les consommateurs de cannabis et ne cesse de répéter dans les médias son hostilité à cette plante.

Le gouvernement français est tellement opposé au cannabis qu’il s’attaque aussi au CBD. Fin 2020, la Cour de Justice de l’Union Européenne avait jugé illégal l’interdiction, par la France, du CBD.

Les boutiques de CBD ont donc fleuri à une vitesse incroyable dans l’ensemble du pays.

Partout en France, des boutiques aux vitrines décorées de feuilles de cannabis ont ouvert. Sans surprise, ce mouvement a choqué une large frange de la population encore imprégnée des stéréotypes et préjugés anti-cannabis et qui ne fait pas la différence entre CBD et THC. Or, cette frange de la population est justement celle qui vote pour Macron. Le président devait donc contenter ces gens.

C’est ainsi que le gouvernement a, à nouveau, interdit la vente de fleurs de CBD le 2 janvier 2022. Sans surprise, cette mesure vient d’être levée par le Conseil d’État car elle est anticonstitutionnelle.

Même si des membres du parti présidentiel sont plus ouvert à une approche plus permissive, il est clair que Macron cherche à complaire un électorat plutôt âgé et réactionnaire. Il est donc très peu probable qu’il légalise le cannabis durant son probable second mandat.

L’extrême-droite

À l’extrême-droite, on trouve Marine Le Pen (17%) et Éric Zemmour (12.5%). Tous deux sont des réactionnaires défendant des valeurs passéistes et réactionnaires et se montrent donc sans surprise farouchement opposés à un possible assouplissement législatif. Ils sont d’ailleurs partisans d’une société d’ordre et proposent donc d’augmenter le nombre de policiers et de contrôles anti-drogue. Si l’un d’eux remporte les élections, il n’y a aucune chance que le cannabis soit légalisé.

Éric Zemmour est nouveau en politique et il n’est donc que très peu entouré. Marine Le Pen, en revanche, est entourée de personnages bien connus qui, pour beaucoup, occupent des postes de premier plan. Or, tous, sans exception, des plus jeunes au plus âgés, se sont déclarés opposés au cannabis.

La droite traditionnelle

La droite traditionnelle est incarnée par Valérie Pécresse qui est créditée de 13% des intentions de vote. Elle a été investie candidate de son parti à la suite d’une primaire qui a mis en avant l’importance de la sécurité comme enjeu de campagne pour ses potentiels électeurs. Valérie Pécresse s’est souvent prononcée contre le cannabis par le passé. Elle défend sa position en affirmant que « Si on légalise le cannabis, on fait sauter l’interdit sur la drogue » et elle prône donc une augmentation des amendes à l’encontre des consommateurs. Même si, il y a quelques années, son fils a été arrêté pour possession de cannabis, elle n’a jamais changé de ligne sur cette question.

Bien que des voix se font entendre au sein du parti de Valérie Pécresse, qui réclament une nouvelle approche en matière de cannabis (Rachida Dati, Gil Avérous et Nicolas Sarkozy lui-même, dans une certaine mesure…), il est très peu probable qu’elle mette de l’eau dans son vin tant les thèmes de la campagne présidentielle poussent les candidats à se présenter comme inflexibles sur les questions sécuritaires.

À gauche

La gauche française est extrêmement divisée et n’a presqu’aucune chance de remporter les élections. Le mieux placé dans les intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon (10%) s’est déclaré favorable à une légalisation, dans le but de lutter contre le cannabis. « Je ne suis pas favorable au cannabis mais je suis favorable à la légalisation du cannabis parce que je ne suis pas favorable au cannabis. »

Cette position n’est paradoxale qu’en apparence. En effet, Jean-Luc Mélenchon explique « si un produit est interdit, vous ne pouvez pas faire campagne contre. »

Le candidat écologiste, Yannick Jadot (5% des intentions de vote) s’est également montré en faveur du chanvre sous toutes ses formes, notamment dans le cadre de ses application industrielles. Il a ainsi pris position en faveur d’une légalisation contrôlée du cannabis. Fait intéressant, c’est lors d’une visite d’un laboratoire actif dans le cannabis thérapeutique qu’il a fait cette profession de foi le 8 janvier dernier, soulignant par là même l’intérêt du cannabis comme produit thérapeutique.

La représentante du parti de gauche historique, Anne Hidalgo, n’est créditée que de 3% des intentions de vote. Ces mauvais sondages traduisent une certaine incapacité à prendre des positions claires sur de nombreux sujets de société. C’est le cas notamment du cannabis. En effet, à la question de l’éventualité d’une légalisation de la marijuana, elle répond avec ambiguïté : « il y a des quartiers qui sont complètement pourris par la drogue. Et pour moi, le sujet n’est pas tant de savoir s’il faut légaliser ou pas la consommation du cannabis, c’est de savoir s’il n’y a pas un plan contre la drogue qui doit être porté par ce pays avec force car c’est une économie qui vient abîmer tout. »

Conclusions

Si la droite et l’extrême-droite sont crédités de tant d’intentions de vote, ce n’est pas tant parce que la population française se droitise que parce que les gens de gauche et les jeunes ne votent plus. La gestion par Macron de la crise du COVID et les scandales à répétition ont dégouté les gens. Lors des élections régionales, en 2021, l’abstention atteignait 66%.

En fait, l’électorat est surtout composé de personnes âgées appartenant à la classe moyenne-supérieure. Ce type de profil est partisan du statu quo social et politique. Quant aux contestataires qui votent, ils choisissent souvent l’extrême-droite dont le discours passéiste ne laisse guère de place à la moindre évolution en matière de cannabis.

Si les candidats de gauche ne parviennent pas à imposer leurs thèmes dans la campagne, il n’y a aucune chance que la France fasse le moindre progrès en matière de réforme du cannabis. À moins, bien sûr, que l’Europe ne l’y oblige, comme ce fut le cas avec le CBD…

Les informations concernant la culture du cannabis sont destinées aux clients résidant dans des pays où cette activité est autorisée par la loi, ou à ceux bénéficiant d’une autorisation spécifique. Nous encourageons nos lecteurs à connaître et à toujours respecter sur la législation en vigueur dans leur pays.

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